C’est peu dire que l’annonce historique faite depuis les hauteurs du cap, en décembre 2014, par le Président de la République François Hollande, d’imposer à Miquelon un PPRL (Plan de Prévention des Risques Littoraux) en a surpris plus d’un. À commencer par le premier magistrat de la commune qui, choqué par la brutalité de la démarche, a vivement protesté et pointé un manque de concertation préalable. Malgré cela, depuis, il s’impose à tous dans l’intention louable de protéger la population Miquelonnaise du péril aqueux. Dans la pratique, le carcan de mesures restrictives qu’il impose suscite encore aujourd’hui de nombreuses interrogations et déchaine bien des passions.

Pour peu qu’on soit superstitieux je dirais qu’aborder le sujet un vendredi 13 n’était peut-être pas une bonne idée.  C’est pourtant à l’initiative du Préfet de l’archipel qu’une réunion d’information a eu lieu en cette fin de journée fatidique à Miquelon, au vestiaire de l’A.S.M.  Je ne suis pas superstitieux car paraît-il ça porte malheur… LOL, alors j’y suis allé.

Dans un premier temps, les services de le DTAM ont exposé les critères qui déterminent le classement des terrains du  village de Miquelon. Différentes zones, matérialisées par des couleurs ont été définies. A chacune son lot de réglementations, qui vont de la simple préconisation à adopter des mesures de précaution, à l’interdiction pure et simple de bâtir.
Question posée : « Manifestement sans cohérence avec la topographie du village, sur quels critères s’est basé ce zonage ? » Réponse en résumé : « Outre la prise en compte de l’élévation des sols, celle de l’interdiction de nouvelles constructions a été retenue. » On comprend mieux alors la logique du PPRL. On réalise aussi quel carcan il impose et comment il hypothèque le développement de notre petite communauté.

Face à cette réalité l’inquiétude monte et les interrogations fusent. Certaines, à l’adresse du représentant de l’Etat, s’agissant des mesures de protection à mettre en œuvre (digues, creusage du goulet du Grand Etang, protection du littoral…). Si l’option « creusage du goulet du Grand Etang » semble être acté, celles de l’édification de digues et de la protection du cordon littoral ne semblent pas à l’ordre du jour. Seule mesure concrète, la participation de l’Etat au financement de travaux de renforcement des habitations individuelles. À cet effet, certains propriétaires ont été destinataires d’un courrier leur demandant un état des lieux de leurs habitations et l’établissement d’un devis pour les travaux à réaliser pour la sécuriser. Une version moderne en quelque sorte du fameux adage « Aide toi, le ciel t’aidera ».

Un élu pointe du doigt la différence de traitement du dossier au regard des restrictions applicables.
À Saint-Pierre on a opté pour conserver l’autorisation de bâtir sur l’intégralité des terrains privés impactés par le PPRL.
À Miquelon, on restreint cette possibilité à la rénovation du bâtit existant ! En résulte incompréhension et frustration des propriétaires Miquelonnais qui voient la valeur de leurs biens immobiliers réduite à néant. De surcroit se pose la question du développement du village qui de ce fait  devient impossible faute de foncier disponible et de l’attitude des assureurs face à cette nouvelle donne.

La Collectivité Territoriale qui, pour sa part, a programmé l’implantation d’un lotissement dans le cap de Miquelon a également été interpelée. Rappelons que l’organisation du territoire relève de sa compétence et qu’à cet effet, un STAU (Schéma Territorial d’Aménagement et d’Urbanisme) est actuellement en cours de finalisation. Question posée : « Pourquoi ne pas autoriser les futures constructions au sud du pont qui enjambent le goulet du Grand Etang ? ». Face aux prévisions alarmistes des techniciens en charge des études environnementales l’option semble s’être imposée d’elle même. Nous serons submergés alors déménageons !

Je ne suis pas en désaccord avec cette option mais je pense qu’en toute chose il faut raison garder et éviter les décisions à l’emporte-pièce qu’on n’aurait pas pris le temps de suffisamment murir. C’est  le message qu’a tenté de faire passer le Vice Président de la Collectivité Territoriale, présent à la réunion, mais sans avoir le temps de préciser son propos devant un assemblée manifestement peu réceptive.

Si on peut comprendre et estimer légitimes certaines inquiétudes, il me semble nécessaire d’apaiser les choses pour pouvoir en débattre plus sereinement. A cet effet je vais tenter de résumer de manière factuelle la position du Conseil Territoriale. Informer sur la démarche me semble être la première condition pour mener une bonne réflexion et prendre les meilleures décisions.

D’abord un constat, qui explique sans doute pourquoi la question est devenue si sensible :

  • On a annoncé en concomitance à la population Miquelonnaise un risque de submersion et les mesures restrictives qu’on lui impose pour tenter de l’en prévenir.
  • Ce fut le fait du Prince, car aucune concertation préalable, ni avec les élus, ni avec la population n’a précédé ce coup de tonnerre.
  • La brutalité de la méthode a induit auprès de la population le sentiment de l’imminence du péril annoncé. Ce qui n’est vraisemblablement pas le cas
  • Nous avons découvert qu’outre le fait d’amputer, voir réduire à néant la valeur des propriétés foncières des habitants du village, le PPRL compromet également toute perspective de développement.

Comment s’étonner dans ces conditions que la question soit sensible et les réactions souvent à fleur de peau ? Il serait pourtant plus sage d’adopter une approche pragmatique et dépassionnée. C’est ce qu’a fait la Collectivité Territoriale, au risque de susciter certaines incompréhensions :

  • Décision a été prise de mener à terme le projet du lotissement du cap. Rappelons d’abord qu’il répond à une demande exprimée par la Municipalité. Ensuite constatons qu’en sus d’ouvrir la possibilité à de nouvelles constructions, il permet le temps de la réflexion qu’impose l’élaboration d’un projet aussi radical et complexe que la migration du village. Le faire ou pas, comment le programmer, où l’implanter et (n’en déplaise à certains esprits chagrins) comment le desservir… On le voit, les questions sont nombreuses et les choix seront déterminants.
  • L’élaboration du STAU arrive à son terme. Son adoption fait actuellement l’objet d’une enquête publique préalable. Il importe aujourd’hui qu’à cette occasion la population de Miquelon s’exprime et communique au commissaire enquêteur ses observations. Pour ma part je souhaite qu’elles soient nombreuses, elles n’en auront que plus de poids. J’ai personnellement l’intention de verser la réflexion que je vous livre au dossier avec la demande explicite de préserver la possibilité d’ouvrir à la construction des terrains au sud du village, advenant que cette option soit validée.

Pour terminer je souhaite que nous mettions à profit le temps qui nous sépare de la nécessité d’ouvrir à la construction de nouveaux emplacements, pour débattre de la façon la plus sereine et la plus constructive possible. Il faut parfois savoir tempérer nos ardeurs et laisser du temps au temps. Je suis convaincu que ce n’est qu’à cette condition que seront prises les bonnes décisions.

Enfin à propos de temps, puisque nous sommes dans celui des fêtes je vous souhaite à tous et à toutes un joyeux Noël et une bonne fin d’année.

 

Michel Detcheverry
Membre d’Archipel Demain.

Pour en savoir plus, voici quelques documents disponibles en ligne

Liens vers le dossier PPRL de la DTAM http://www.saint-pierre-et-miquelon.developpement-durable.gouv.fr/le-dossier-du-pprl-approuve-r116.html

Et le guide d’auto évaluation des bâtis : http://www.saint-pierre-et-miquelon.developpement-durable.gouv.fr/diagnostic-de-vulnerabilite-et-adaptation-du-bati-r128.html

Lien vers le reportage d’SPM 1ère suite à la réunion publique du vendredi 13 décembre à Miquelon :